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Une musique moderne la sarabande

          Tout esthète que je suis, il me plaît de flâner dans les rues de Paris et sur les chemins de mon pays. Sur ces derniers sentiers, je salue les marguerites en fleurs, les roses en boutons et les lapins de garenne en fuite. Bref, c’est la nature que j’y rencontre. Dans les allées pavées de la capitale, j’adresse des bonjours aux bonnes gens qui, avec moi, déambulent, qu’ils soient impotents, ventripotents, qu’ils courent le guilledou ou qu’ils marchent sans cause. C’est encore la nature avec laquelle je fais rencontre, mais humaine, celle-ci.

C’est ainsi que je compose. Pourquoi ? Je crois que les promenades transforment mon corps en métronome. Mon pas rythme mes pensées qui se voient libres d’errer sur les gammes que ma tête connaît comme le cœur. Et puis, mes impressions me font des notes : que je trouve un champignon fort gros dans un sous-bois, c’est le sol d’un menuet que je vois. Si c’est une jolie fille en feu que je croise sur une avenue, c’est le mi d’un boléro qui me vient. Enfin, vous l’aurez compris : je suis musicien.

Tandis qu’ainsi je folâtrais, je vis un homme au loin, dont l’aspect tout géométrique m’interpella. Celui-ci devait avoir chaque morceau de sa peau à équidistance de son estomac, car ma foi, il avait quelque chose de sphérique. M’approchant, je découvris avec plus de précision son allure. Il n’avait sur lui que des guenilles, des lambeaux, un pantalon crotté, puis des sabots. Son faciès était celui d’une pomme : rouge et asticoté. Au bout de ses lèvres calleuses, un épi de blé lui servait de tétine. Ah ! J’ai déjà rencontré ce genre d’animal ! Mais jamais dans les rues de la capitale ! Car, je le sais, j’avais devant moi un spécimen de cette race ayant la campagne pour biotope : un paysan.

Seigneur, qui l’a mis là ? Il ne doit pas être à son aise, le pauvre, si éloigné de son nid, de sa femelle et de ses petits ? Et puis que pourrait-il bien faire ici ? On ne bêche pas encore l’asphalte, d’autant que le macadam ne fait pas bonne terre pour le navet ou le chou vert. Alors, oui... c’est vrai… sa présence, c’est son droit, car il est certain que nous, les Parisiens, et eux jouissons des mêmes droits. Ce n’est tout de même pas une raison pour en user de la même façon !

Enfin, il était là, le pauvre homme, à tailler le bout de gras avec l’un de ses congénères, son compère. Qu’ont-ils à se dire ? S’ils parlent du temps, ce n’est sans doute pas pour disserter sur l’époque, mais pour s’enquérir des températures. S’ils parlent des Hommes, ce n’est sans doute pas pour en décrire les facultés de l’entendement, mais pour médire d’eux, tout au mieux. S’ils parlent d’amour, c’est pour s’épancher par le menu sur les détails les plus odieux, certainement pas pour dicter une ode à sa gloire. Quelle bande de miséreux.

Hélas, j’allais ravaler mon jugement, car voici qu’en passant près du duo, j’eus la joie d’entendre une bribe de leur conversation. Le gros disait à l’autre : « Ho, tu sais… de nos jours… ce n’est plus ce que c’était, même les sarabandes... »

Quoi ? Qu’ouïs-je ? Je croyais cet énergumène du bois dont on fait les charpentes, il était de celui dont on fait les clarinettes ! Comme moi, un frère musicien ! Et quel goût sûr il avait ! Car effectivement, je trouvais, avec lui, que les sarabandes modernes frustraient les élégances, charriaient l’arrière-fonds infâme des temps révolus, et ne parvenaient en rien à s’élever ni à un baroque bien compris ni à un classicisme délicatement exécuté.

Quoi ? Vous ignorez ? Une sarabande, enfin ! C’est une danse hispanique de mesure ternaire et de coupe binaire avec reprise. Son mouvement est lent mais fort, sa cadence : aussi douce que noble. Allez, j’en suis sûr, vous connaissez la Sarabande de Haendel ? C’est la musique du film Barry Lyndon de Stanley Kubrick ! Enfin ! Sa version orchestrale a tout de même obtenu l’Oscar de la meilleure musique !

Et justement, cette attribution par l’académie constitue une grave erreur sur laquelle je rejoins mon nouvel ami. Avoir ajouté des cordes, des timbales et des basses sur la Sarabande d’Haendel, c’est un sacrilège. Voilà bien en quoi « de nos jours, ce n’est plus ce que c’était, même les sarabandes » ! Le compositeur l’avait imaginée pour un seul et unique clavecin ! Et eux, pour le cinéma, ils en ont fait un galimatias dégoulinant d’incompréhension pour l’esprit profond d’une telle partition.

Alors que je me faisais colère en mon for intérieur, j’eus soudain l’idée d’aller demander à ce collègue mélomane de bien vouloir débattre avec moi de l’art et des manières de bien composer une sarabande à notre ère. Je revenais donc sur mes pas.

- Bien le bonjour, mon cher camarade coryphée, amateur de symphonies ! Je viens m’instruire, car je n’ai point pu m’empêcher d’entendre vos propos acerbes et critiques sur les sarabandes, et je…

- Eh qu’est-ce qui m’veut l’aut’ efféminé de Parigot ?

- Euh… Je… (j’étais décontenancé) Je voulais savoir, pourquoi pensiez-vous que « de nos jours, ce n’est plus ce que c’était, les sarabandes ».

- Eh bah ? En voilà-t-il pas d’une lopette ? Que j’te disais ! (Il eut un regard complice avec son congénère).

- Mais vous disiez… Enfin… Je vous ai cru esthète puisque vous parliez de musique ?

- Moi ? J’parlais de l’époque, des Hommes et puis d’l’amour ! Et je disais que tout fout l’camp ! Tout va à vau-l’eau ! On fait les bébés dans des pipettes. Les gosses ne savent plus lire. Et ma femme, Sarah, elle refuse de laver mon bol après chabrot, puis même qu’elle crie, qu’elle me refuse quand j’y viens la voir. Qu’encore, au moins, qu’elle, que c’est une femme. Parce qu’à ce sujet « ho, tu sais, de nos jours, ce n’est plus ce que c’était, même les Sarah bandent » !

- Ah ! Maudits pécores ! Vous m’avez trompé ! 

Et lui et son acolyte riaient de moi.

- Voilà que la modernité a comme un goût de reviens-y : voyez-vous, Môsieur de Paris, apprenez que de nos jours, la bite ne fait pas le moine. 

Je jurai, mais un peu tard, qu’on ne m’y prendrait plus !

Vous avez aimé ?

Ainsi va la musique ! Elle croise la magie de Paris et sa nature, où promenades et culture classique s’entrelacent. Entre sarabandes de Haendel et culture baroque, on vibre au rythme de la capitale et de ses traditions musicales. Mais dans l’art et l’histoire, tous ne sont pas si musicien inspiré !

Si vous avez aimé que Sarah bande, n’hésitez pas à :

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