L’Angleterre ! Quel beau pays, quelle jolie contrée, quelle grande civilisation ! J’avais quitté la France, terre de mon enfance, pour rejoindre ce bastion de la liberté qu’est notre illustre voisin. J’y ambitionnais une nouvelle vie, peut-être une longue carrière, et surtout l’aventure perpétuelle. Et puis, je quittais ma campagne normande qui mêlait parfois aux relents paysans l’air nauséabond des idées rances d’une société mourante, percluse dans un système révolu.
Car voilà, je suis « gay », comme on dit depuis maintenant longtemps, et fier ! J’avais même une petite tendance à revendiquer mon état au vu et au su de mes compatriotes, pas toujours enclins à l’acceptation des mœurs dissolus qu’ils m’imputaient.
On comprendra peut-être que, tout membre de mon époque que je sois, je m’étais laissé aller à l’art du tatouage et qu’ainsi, je portais sur mon corps les stigmates symboliques de mes appartenances culturelles. J’avais donc, dessiné à l’encre noire, un coq, animal totem du cher pays. Les Romains, ces rieurs, désignaient les Gaulois de ce mot : gallus, qui pour eux signifiait également coq, et que les rois, ces non moins rieurs, reprirent sur leurs armes pour rassembler la patrie. J’avais également, dessiné à l’encre noire, un phoque, animal totem d’une toute autre nation : la mienne et celles de quelques-uns de mes amis. « Être pédé comme un phoque », voilà bien une expression que les éthologues récusent : le lion de mer n’est pas particulièrement du genre prompt à la sodomie. C’est qu’une méprise règne : en vérité, il faudrait dire « pédé comme un foc », c’est-à-dire comme la voile d’un bateau qui prend le vent par l’arrière. L’image est belle. Mais nous autres, les pinnipèdes humains, nous ne sommes pas moins rieurs que les Latins, et avons fait du phoque un emblème.
En certaines occasions, j’exhibais à mes comparses mon phoque et mon coq, et nous rigolions bien de cette extravagance.
Enfin, voilà, comme je vous le disais, à bien des égards, dans mon petit coin français, on me préférait coq plutôt que phoque, et il advint qu’un beau jour, je vécus l’appartenance à l’ordre des gallinacés comme incompatible avec celui des mammifères marins.
Je venais donc d’arriver à Londres, parfaitement prêt à renier mon ancienne allégeance. Non seulement j’escomptais vivre en anglais, mais en plus, je décidai de cesser de vivre en français.
Ma première décision fut donc d’aller dans un salon de tatouage pour me faire retirer l’animal de trop. D’ailleurs, s’aimer soi-même comme Onan ce n’est pas être homosexuel. C’est parce qu’il faut bien être deux phoques pour pouvoir affirmer en être un, que je projetais de recouvrir le coq par un second phoque.
Justement, j’arrivais dans une boutique. Laissez-moi vous retranscrire la conversation que j’ai eue avec le délicieux jeune homme qui la tenait :
- Hello ! Bonjour, je... I want... Ho zut, comment dit-on cela…
- Hello sir ! What can I do for you ?
- I want... Ho mais... Comment dit-on ? How do on dit ? Speak French ?
- Sorry sir, I don’t speak French.
- Ok... I have a tattoo ! And je voudrais have no more un de mes tattoo !
- Oh, that’s very not clear... I really don’t understand sir.
- J’ai... J’ai one tattoo that is a... Ho mais merde, comment dit-on coq en anglais ? How do we dit coq ? And j’aimerais have a second phoque ! How do we dit phoque ?
- Sorry sir. If you wait five minutes, my boss will arrive and speak with you.
- What ? Si t’as une bosse, mets de la pommade, mais t’as pas plutôt un patron qui parlerait français ? Seigneur ! Il faut que je me calme…
- Wait for translate !
- Mais qu’est-ce qu’il me chante celui-là ? Je suis ni trans, ni en retard ! Bon ! Coq, how do we dit coq ?
- …
C’est alors que survint un gros Monsieur tatoué à moustache depuis l’arrière-boutique. Peut-être un expatrié, pensais-je avec allégresse. Il s’adressa à moi avec un large sourire :
- So, my little French guy, don’t get so upset, speak slowly
- JE BITE RIEN !
- Oh... a bite ? A dog bit you and you want to cover up ?
- Ok, ils se liguent. Tant pis, tentons : I have a little coq ! And I want two phoques ! Can you ?
- ... God... What the fuck ?
Ah ! Qu’est-ce qu’un phoque ? À ce moment de l’échange, et vu la tête de mes deux compères graveurs de peau, j’en suis venu à penser qu’ils n’avaient jamais vu ce genre d’animal. Aussi, je décidai de leur montrer. Certes, peut-être aurais-je dû leur préciser que mes tatouages, je les avais sur le sexe. Adéquat, n’est-ce pas ? J’espérais donc qu’une fois qu’ils auraient vu le coq et le phoque, la confusion serait éteinte. J’entrepris donc de mettre fin à l’incompréhension et dévoilai, conquérant, mon fendoir à péteux.
- Hum, et bien voilà euh, my coq, you see my little coq ? And I want two phoques ! Comment we dit ? Euh, you two, phoque you two ? On my coq !
J’illustrais mon charabia en les désignant à tour de rôle, eux et mon sexe notoirement présent. Mais le gros moustachu a fini par me sortir manu militari et me disant que je n’étais qu’un « père verte ». Même pas foutu d’accorder correctement ses phrases. En plus, j’étais habillé en rouge.
Depuis je suis retourné en France, et j’ai pu repasser la porte d’un tatoueur.
Si je me suis fait comprendre cette fois ? Oh eh bien... disons que j’ai viré ma cuti, et que j’en suis ressortit le vent dans le dos avec deux gros focs tatoués sur la bite.
Vous avez aimé ?
Ainsi va la vie ! Fier d’être gay, tatoué coq et phoque, j’ai tenté le cover tattoo à Londres. Anecdote gay hilarante : « two phoques » a viré au malentendu ! Retour en France, plus libre. LGBTQ+, tatouage intime, humour gay : vive la fierté ! 🌈 #Pride #TatouageGay #HistoireLGBT
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