Il était une fois une jolie petite adolescente. Ses joues étaient roses comme des pommes, celles à faire un cidre acidulé. Et ses yeux ? « Bleus comme une orange » disait, dans le village, le poète amoureux. Elle était belle à croquer. Bien plus que les autres, sa mère l’aimait, des amours dévots et parfaits que l’on dédie aux idoles. Depuis toute minotte, elle l’habillait d’un couvre-chef à bourrelet empourpré qui lui faisait la tête comme une fraise, et lui valait son nom : le petit chaperon rouge.
Un jour, la mère attentionnée lui confia une tarte aux pruneaux, quelques figues et des dragées en lui disant ces mots : « va voir ta mère-grand, elle qui est si malade. Donne-lui ces mets comme médicaments, embrasse-la et dispense-lui ce que tu peux de réconfort ».
Le petit chaperon rouge n’attendit pas une seconde, et partit voir sa mémé qui habitait au-delà du bois. Mais en traversant celui-ci, elle rencontra Monsieur le loup. Il avait faim ! Et aurait dégusté ses petits os frêles sur-le-champ si les chasseurs ne rôdaient point, s’il ne faisait pas si grand jour et si surtout il n’était pas si grand joueur, lui-même étant un peu chasseur, et quelques peu baiseur.
- Ma délicieuse enfant, où donc te rends-tu ? Où donc amènes-tu ton panier d’osier ? Où donc apportes-tu toutes ces victuailles ? Et puis, quel est ton nom ?
- Cher Monsieur le loup, je vais voir mère-grand qui subit dans sa santé une sorte de débâcle. Quant à moi, Monsieur, puisque vous le demandez, je suis le petit chaperon rouge.
- Ma tendre amie dis-moi, ta vieille mémé loge-t-elle loin ?
- Oh ! Oui ! Si la forêt n’était pas si belle, que tant de choses n’étaient pas à voir, je voudrais être un oiseau pour m’y rendre d’un battement d’aile ! Car elle vit dans la maison qui est près du verger, qui est derrière la fontaine, qui est au bout du sentier, qui suit ce chemin.
- Ma délicate nymphe, hélas, ce n’est pas tout près. Mais il est un chemin que je connais, plus beau que tout autre, plus rapide aussi. Prends-le et porte vite à ta mère-grand les soins qu’elle attend.
Le petit chaperon rouge emprunta le chemin recommandé par Monsieur le loup. Celui-ci était particulièrement somptueux, et la candide s’arrêtait sans cesse pour mirer les papillons, les fleurs, les souches courbées et les arbustes naissants. Hélas, celui-ci était particulièrement long, fort plus que le chemin normal. Ce dernier, c’est Monsieur le loup qui le prit, en courant autant qu’il le put pour retrouver mère-grand avant sa descendante.
Il arriva sans tarder, et trouvant porte close, il frappa trois fois : toc, toc, toc.
- Qui est là ?
- C’est moi, mère-grand, ton enfant, le petit chaperon rouge, dit le loup d’une voix contrefaite. J’ai pour toi une tarte aux pruneaux et bien d’autres choses pour soulager tes maux.
Gênée comme elle était par son estomac qui lui causait tant de heurt, la mémé resta dans son lit. Elle cria :
- Tire le loquet et le cadenas cédera.
Monsieur le loup tira le loquet, et le cadenas céda.
- Mets ta petite tarte sur le buffet, et viens t’en coucher avec moi.
Monsieur loup était un lubrique, et la bave aux commissures il se présenta au pied du lit, tout attirail dehors. Mère-grand eut le temps d’être guérie de son mal, aidé par la peur soudaine (qui peut faire cet effet), mais cela ne découragea pas le loup qui la besogna comme elle l’aurait mérité quelques décennies en arrière. Une fois accompli son forfait, il la dévora en moins de rien, car de tremper son biscuit au sens premier il n’avait non plus eu l’occasion depuis fort longtemps. Le méchant alla fermer la porte, enfila la courte chemisette de la grand-mère, renifla quelques culottes sales et posa sur son crâne son élégant bonnet de nuit. Il se coucha ensuite dans son lit maculé d’effrois et de tant d’autres choses, puis porta la couverture jusqu’à la pointe de ses dents, en attendant que le dessert vienne se servir de lui-même.
Après un temps, le petit chaperon rouge vint enfin. Trouvant la porte close, elle frappa trois fois : toc, toc, toc.
- Qui est là ?
C’était le loup qui s’évertuait à jouer avec ses propres cordes l’instrument d’une autre. Mais la mélodie n’était pas exacte, et le petit chaperon rouge ne reconnut pas le voix de mère-grand. La naïve enfant se dit que, sans doute ce ton grave était normal pour une veille dame malade. Peut-être avait-elle à pousser sur le pot ?
- C’est moi, mère-grand, ton enfant, le petit chaperon rouge. J’ai pour toi une tarte aux pruneaux et bien d’autres choses encore pour soulager tes maux.
- Tire le loquet et le cadenas cédera.
La crédule petite tira le loquet, et le cadenas céda. Elle entra alors dans le logis. Monsieur le loup, prenant soin à sa dissimulation lui dit :
- Mets ta petite tarte sur le buffet, et viens t’en coucher avec moi.
Le petit chaperon rouge ôta son chapeau, son manteau et le reste, et sauta près de son aînée présumée. Prise au nez par l’odeur du crime, elle fut d’abord surprise. Mais elle savait l’état de sa mémé. C’est une autre odeur, plus insidieuse, mais qu’elle pensait connaître, qui la fit se méfier dans son inconscient. Puis, portant son regard sur son aînée, dans le soucis de l’ausculter, elle devint curieuse de découvrir son anatomie, et lui dit :
- Mère-grand, comme tu as de grands bras !
- C’est pour mieux t’enlacer mon enfant.
- Mère-grand, comme tu as de grandes oreilles !
- C’est pour mieux t’écouter, mon enfant.
- Mère-grand, comme tu as de grands yeux !
- C’est pour mieux te voir, mon enfant.
Puis, soulevant soudainement la couette :
- Mais mon grand, comme tu as une petite queue !
- Ah ! Salope !
Le petit chaperon rouge se moquait bien de Monsieur le loup, hilare qu’elle était de se jouer de l’appendice caudal du méchant animal. Celui-ci, toute honte bue, s’apprêtait à dévorer la jeune fille, mais elle la première dévora le loup. Et vu sa morphologie modeste, elle ne risquait pas de se déchausser une dent.
Les chasseurs (qui ne sont pas loups, mais un peu chacals), étaient à l’écoute de la fenêtre, et espéraient bien profité d’un peu de la nudité, qui de chaperon, qui de la mémé. Mais oyant que c’est de Monsieur le loup qu’il s’agissait, il débaroulèrent tous dans la maisonnette, certains armés d’un fusils, d’autres d’un clairon. D’un bon prétexte, comme des cris, ils justifièrent leur intrusion pour maintenir à leur faveur une réputation convenable.
Ils ne mirent pas longtemps à tuer le loup et le petit chaperon rouge, pour les remercier, leur dévora également le clairon. Depuis, ces messieurs lui ont octroyé un autre nom que Grimm et Perrault, dans leur cercueils, nous interdisent de donner !
Moralité :
N’en déplaise aux contes de ma mère l’Oye, m’est avis que celle-ci, elle a déjà vu le loup !
Et peut-être même toute une meute !
Vous avez aimé ?
Ainsi vont les contes ! Le Petit Chaperon Rouge, héroïne d’un conte de fées, traverse la forêt pour aider sa mère-grand malade. Face au loup rusé, cette aventure captivante, issue des récits de Perrault et Grimm, enseigne une morale intemporelle. Découvrez cette fable enchantée, parfaite pour la littérature jeunesse.
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